EADS et UIMM sont bien involontairement associés dans la curée médiatique du moment. Soupçons de délit d'initié et golden parachute d'un côté, soupçons de financements occultes de l'autre, l'actualité bruisse de rumeurs déguisées en certitudes, de procès instruits à charge où les méchants patrons sont jugés moins en raison de leurs actes que de ce qu'ils sont...ou plus exactement de ce que la toute puissante opinion bien-pensante suppose qu'ils sont...Jusqu'à présent, il semble que rien d'illégal ne puisse être imputé aux patrons mis en cause. Sans préjuger de l'issue de ces deux crises, il me revient en mémoire un évènement passé, des années 2003-2004. Les media faisaient alors le procès de Pierre BILGER, le patron démissionnaire d'ALSTHOM.
Lui étaient reprochés pêle mêle son incompétence, qui avait mené son entreprise à une quasi faillite, un délit d'abus de bien social dont aurait bénéficié le fils d'un candidat à l'élection présidentielle, et les quelques 5 millions d'euros de prime de départ qu'il avait perçus quand des milliers de salariés d'Alsthom devaient être privés de leur emploi...Dans un geste sans précédent, Pierre BILGER avait décidé de rendre son indemnité de départ, alors que rien ne l'y contraignait.
Dans un livre autobiographique, il s'en explique longuement et avec une sincérité convaincante :
"Ce qui en définitive a motivé ma décision, c’est l’impossibilité où je me trouve, dans ma nouvelle situation, d’expliquer et de justifier cette indemnité de manière audible alors que, et je ne leur en fais pas le reproche, ni le conseil d’administration, ni le président-directeur général n’ont pu ou voulu, dans les circonstances du moment, donner d’autre explication que l’application du contrat.
Du coup je suis devenu un motif de scandale pour beaucoup de salariés d’Alstom, désinformés à outrance par des médias opérant en meute sans tenter à aucun moment d’analyser honnêtement la question et par certains groupes politiques et syndicaux qui y trouvent un argument d’autant plus facile qu’ils ne s’exposent à aucune contre-communication.
Or le jugement de ceux avec lesquels j’ai travaillé pendant de nombreuses années est ce qui compte le plus pour moi...
...Devenir un handicap pour l’entreprise que j’ai dirigée pendant douze ans m’est également insupportable...
C’est pourquoi j’ai parlé, dans un entretien avec Le Monde, de sens de l’honneur , concept que certains peuvent trouver désuet, démodé, voire ridicule, mais auquel j’attache de l’importance."
L'honneur en question, c'est selon une définition du Littré " le sentiment qui fait que l’on veut conserver la considération de soi-même et des autres " et " la qualité qui nous porte à faire des actions nobles et courageuses ".
Il fut un temps où l'honneur du capitaine consistait à couler avec son navire. Il n'est pas certain que les navires coulaient moins pour cette raison. Mais les équipages savaient leur destin étroitement lié à celui de leur patron. Ce qui donnait un sens vrai à l'expression depuis galvaudée "tous ensemble dans le même bateau". Dans les crises actuelles, ce n'est pas la nostalgie d'un passé révolu qui frappe, mais le rappel de cette aspiration profonde qu'ont les hommes à vivre dans des commuautés de destin.
Monsieur BILGER avait la loi pour lui. Il a choisi l'honneur. Chapeau bas !